Psychologie sociale : TD n°3
L’erreur fondamentale d’attribution
Définition :
Une attribution causale est un processus d’inférence par lequel l’individu explique des événements, actions ou comportements d’autrui (hétéro-attribution) ou de soi-même (auto-attribution). On différencie les causes internes (personnes ou dispositionnelles) et externes (impersonnelles ou situationnelles).
L’erreur ultime d’attribution porte sur le favoritisme de son groupe d’appartenance (endogroupe) et son expression au niveau des attributions. Le favoritisme de l’endogroupe est la tendance à le privilégier par rapport à un autre groupe (exogroupe).
Pour définir les groupes d’appartenance, on utilise les termes suivants :
- Endogroupe, ingroup ou intragroupe pour le groupe d’appartenance de l’individu tel qu’il se dégage, à un moment donné, du processus de catégorisation sociale.
- Exogroupe, outgroup ou extragroupe pour les autres groupes (groupes de non appartenance de l’individu).
L’erreur ultime d’attribution s’exprime selon Pettigrew (1979) par :
- Chez les membres de l’exogroupe, un comportement positif sera attribué à causes externes et un comportement négatif, à des causes internes.
- Chez les membres de l’endogroupe, l’inverse.
Etudes :
Taylor et Jaggi (1974) :
Des sujets hindouistes devaient expliquer des comportements positifs et négatifs d’hindouistes et de musulmans (comme par exemple : être généreux / tromper un client ou abriter / refuser d’abriter quelqu’un lors d’une pluie). Ils avaient le choix entre quatre causes (une interne et trois externe). On compte le nombre de causes internes évoquées.
|
Comportement positif |
Comportement négatif |
Hindouiste |
58,3 |
2,5 |
Musulman |
11,7 |
32,5 |
Une explication alternative serait que les hindouistes sont chauvins. Il aurait fallu étudier les attributions des musulmans.
Pettigrew (1979) :
L’erreur d’attribution est plus probable quand :
- il y a un conflit intergroupe de longue durée (conflit historique).
- l’appartenance groupale est saillante (la dimension sur laquelle on fait la distinction entre groupes doit être visible).
- il y a des forts préjugés vis-à-vis de l’exogroupe.
Hunter, Stringer et Watson (1991) :
47 irlandais font l’objet de l’expérience, dont 26 catholiques et 21 protestants. On leur présente deux clips (des protestants qui attaquent des catholiques et l’inverse) pré-testés par 12 personnes non-impliquées (espagnols et allemands) pour vérifier qu’ils ont un taux de violence comparable. Les clips sont présentés sans son ni aucune indications de source et leur ordre de présentation est contrebalancé. On regroupe les explications données à l’action.
|
Protestants |
Catholiques |
Causes |
Violence protestante (endogroupe) |
Violence catholique (exogroupe) |
Violence protestante (exogroupe) |
Violence catholique (endogroupe) |
Internes |
6 |
15 |
19 |
5 |
Externes |
15 |
6 |
5 |
21 |
Conséquences de l’erreur ultime d’attribution :
- Maintien de l’image positive du groupe d’appartenance.
- Maintien du conflit intergroupe : renforcement des préjugés et production de prophéties auto-réalisatrices (le fait de s’attendre à un comportement de la part d’une personne nous amène à nous comporter de manière à ce que la personne confirme nos attentes).
- Evitement de la menace par l’éradication de l’exogroupe.
- Justification des actions violentes envers l’exogroupe.